Écho du RAAMM du 9 février 2026
L’infolettre des membres et alliés du RAAMM.
Découvrez les dernières nouvelles du RAAMM, des activités enrichissantes auxquelles vous êtes invités à participer, des occasions de vous impliquer, l’actualité sur la déficience visuelle dans les médias, et plus encore!
Sommaire
- 1. Notre Coup de coeur et coup de gueule dans les médias
- 2. Rapport synthèse de la visite de la piste cyclable sur la rue Rachel
- 3. Sécurité routière des piétons handicapés visuels à Québec : lacunes identifiées pour 24 % traversées avec signal sonore
- 4. Recherche participative communautaire pour une justice climatique au Québec
- 5. Recherche de participants pour une marche exploratoire hivernale à Laval
1. Notre Coup de coeur et coup de gueule dans les médias
L’inaccessibilité des terminaux de paiement, un enjeu important soulevé lors de notre campagne Coup de coeur, Coup de gueule trouve un écho dans l’espace médiatique. La journaliste Marianne Dépelteau de Radio-Canada a publié le 7 février un article percutant sur le site de nouvelles de Radio-Canada.ca en recueillant notamment les témoignages de nos membres France Poulin et André Vincent.
La modernisation des terminaux de paiement se fait parfois sans égard aux questions d’accessibilité. De plus en plus confrontées à ce problème, les personnes atteintes de déficience visuelle doivent parfois abandonner leurs achats, demander à d’autres de payer à leur place ou même donner leur NIP à un inconnu, à leurs risques et périls.
On parle beaucoup d’accessibilité depuis peut-être une décennie, mais sur ce dossier, on dirait qu’on avance par en arrière, déplore France Poulin, résidente de Saint-Lambert. Elle ne manque d’ailleurs pas d’anecdotes pour illustrer les difficultés qu’elle rencontre dans son quotidien.
Lorsqu’un terminal de paiement n’est pas accessible, on lui demande parfois de donner son NIP afin que le caissier l’inscrive pour elle. France Poulin refuse toujours.
Après un repas au restaurant, le serveur lui tend le terminal de paiement. France est incapable d’entrer elle-même le pourboire qu’elle souhaite lui offrir. Elle demande au serveur de le faire, et mise sur son honnêteté.
Après avoir fait le tour d’un magasin et balayé le code barres de chaque produit, France procède au paiement. Le sans contact ne fonctionne pas, et la caissière suggère de lui communiquer son NIP. France refuse, abandonne sa course et se rend dans un autre magasin, pour tout recommencer.
À l’épicerie, France entend l’impatience monter dans la longue file derrière elle. Sa transaction prend du temps, car le terminal de paiement l’oblige d’entrer son NIP, une mission impossible. « À la rigueur, c’est humiliant », admet France Poulin.
« Ça m’est déjà arrivé plus d’une fois de rentrer chez moi les larmes aux yeux. (…) Les gens vont peut-être dire que ce n’est pas la fin du monde, mais ce sont des choses qui s’accumulent dans une journée ».
De moins en moins accessibles
André Vincent, résident de Saint-Hubert, France Poulin et René Binet, président du conseil d’administration du Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ), remarquent la même tendance : de plus en plus de terminaux de paiement sont dotés d’un écran numérique.
Dans un restaurant, je me suis retrouvé au moment de payer l’addition et, n’ayant pas de terminal accessible, j’ai été obligé de demander à la personne qui m’accompagnait, que je voulais pourtant inviter pour le repas, de régler l’addition à ma place
, raconte André Vincent. L’homme a plus tard remboursé son invitée, mais, malgré cela, on ne peut pas exercer notre pleine autonomie
, dit-il. En termes de dignité humaine, ben ça en prend un coup.
Appel aux gouvernements
Le Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM) et le RAAQ critiquent l’absence de lois assurant la présence de terminaux de paiement accessibles au Canada et au Québec.
Maintenant que l’Europe a réglementé la chose, ils souhaitent exercer une pression sur les gouvernements d’ici.
L’acte législatif européen sur l’accessibilité, entré en vigueur en juin 2025, s’applique entre autres aux terminaux de paiement. En vertu de celui-ci, les nouveaux terminaux de paiement mis sur le marché à partir de juin 2025 devront être accessibles, à quelques exceptions près.
Selon René Binet, si l’Europe peut réglementer comme elle l’a fait, le Québec et le Canada devraient aussi être en mesure de le faire.
Son organisation planifie des démarches pour sensibiliser le gouvernement québécois à cet effet. À partir du moment où la technologie existe, pourquoi on ne la met pas en place?
demande-t-il.
Québec : pas soumis, pour le moment
Questionné sur le sujet, l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) répond par courriel que l’amélioration de l’accessibilité des terminaux de paiement électronique (TPE) est essentielle pour permettre aux personnes handicapées de pouvoir se procurer des biens et des services de manière autonome et en toute sécurité
.
La réponse est suivie par la phrase suivante, qui témoigne que l’on ne ferme pas la porte à une éventuelle réglementation : Contrairement aux guichets automatiques, les TPE ne sont pas soumis pour le moment à des exigences d’accessibilité par une loi, un règlement ou une norme.
L’OPHQ coordonne un groupe de travail visant la sensibilisation des propriétaires, locataires et concepteurs de bâtiments où sont offerts des biens et des services à la population
, ajoute-t-il en promettant de leur rappeler l’importance des terminaux portatifs de paiement accessibles.
De son côté, Emploi et Développement social Canada rappelle des investissements passés du gouvernement fédéral pour l’accessibilité des terminaux de paiement. Le ministère explique aussi qu’il existe des normes en matière d’accessibilité, dont une qui comprend de nombreuses exigences pouvant également s’appliquer aux terminaux de paiement électronique
.
Aucune loi ou réglementation fédérale ne stipule que tous les terminaux de paiement utilisés dans le pays doivent être accessibles aux personnes malvoyantes.
Pour lire l’article intégral avec médias :
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2226372/accessibilite-paiement-machine-malvoyant-nip
2. Rapport synthèse de la visite de la piste cyclable sur la rue Rachel
Au cours de l’été et automne 2024, deux membres du comité Déplacements sécuritaires ont procédé à une visite détaillée de la piste cyclable de la rue Rachel à Montréal. Cette piste cyclable constitue un axe important pour les cyclistes qui se déplacent d’est en ouest. La visite visait à identifier à identifier des enjeux d’aménagement qui peuvent constituer des défis importants pour les personnes aveugles et malvoyantes, surtout à proximité d’arrêts d’autobus de la Société de transport de Montréal (STM).
Nos valeureux membres ont produit un rapport faisant était de leurs constats et suggestions afin de bonifier les aménagements de cette piste cyclable.
Le RAAMM a fait parvenir ce rapport au Service d’urbanisme et de la mobilité de la Ville de Montréal. Nous solliciterons une rencontre avec le responsable de la mobilité au Comité exécutif de l’administration Soraya Ferrada afin de discuter des suites qui devraient être données à notre rapport.
Nous vous tiendrons informés des avancées concernant ce projet.
Pour consulter le rapport en format Word : 2025-12-01-RAP-constat-general-recommandation-piste-cyclable-rachel-RAAMM-DFI.
3. Sécurité routière des piétons handicapés visuels à Québec : lacunes identifiées pour 24 % traversées avec signal sonore
Le Regroupement des personnes handicapées visuelles des régions 03-12 (RPHV) publie son rapport d’évaluation intitulé « Point de vue des usagers sur les signaux sonores de la Ville de Québec : un réseau fonctionnel à améliorer ». Cette enquête, financée par l’Office des personnes handicapées du Québec, jette une lumière nouvelle sur l’accessibilité des intersections munies de signaux sonores de la Ville de Québec en plaçant l’expérience utilisateur au cœur de la démarche. Elle s’inscrit dans la volonté du RPHV d’améliorer la sécurité des déplacements.
Un réseau fonctionnel, mais pas toujours fiable
L’évaluation, qui a couvert 190 intersections et 254 couloirs de traversée, révèle un paradoxe frappant : bien que le réseau demeure majoritairement utilisable au quotidien, près d’un quart des couloirs (24 %) présentent au moins un problème technique ou d’aménagement dans la chaîne de déplacement. Parmi les enjeux les plus fréquents, on compte l’absence de panneaux d’interdiction de virage à droite sur feu rouge (VDFR) et des dispositifs sonores trop discrets. Souvent mineurs, ces enjeux nuisent à l’orientation et créent un faux sentiment de sécurité.
Le piège du 311 : au-delà des plaintes
Le rapport souligne que le faible volume de plaintes enregistrées au service 311 est un indicateur trompeur de l’état du réseau. Plusieurs facteurs, tels que les stratégies de compensation développées par les usagers et les failles dans la transmission interne des signalements, font en sorte que la réalité du terrain est sous-estimée.
Agir sur l’entièreté de la chaîne de déplacement
Face à ces constats, le RPHV appelle la Ville de Québec à améliorer la fiabilité du réseau afin d’augmenter la sécurité aux intersections. « La sécurité des personnes handicapées visuelles ne peut reposer sur un mécanisme de signalement qui sous-représente la réalité. Il est impératif d’agir sur l’entièreté de la chaîne de déplacement, en garantissant l’intégrité de chaque maillon : du fonctionnement des boutons d’appel à la durée des traversées, en passant par la présence des panneaux d’interdiction de virage à droite sur feu rouge. » – René Binet, directeur général du RPHV.
Une collaboration fructueuse pour une Ville plus accessible
La démarche a permis de renforcer la qualité des échanges avec la Ville sur la base de faits documentés plutôt que sur des perceptions. L’implication du personnel à toutes les étapes et leur engagement envers l’amélioration continue sont à souligner.
Le RPHV souhaite poursuivre sa collaboration constructive avec la municipalité afin que la promesse d’une ville inclusive se matérialise à chaque intersection.
Pour lire le rapport détaillé sur le site du RPHV :
https://rphv0312.org/article-evaluation-signaux-sonores-quebec-2026/
4. Recherche participative communautaire pour une justice climatique au Québec
Pourquoi ce projet?
Au Canada, environ 27% de personnes de 15 ans et plus vivent avec une forme de handicap (moteur, visuel, auditif, intellectuel ou mental); au Québec, c’est environ 21%. Malgré de tels pourcentages, les personnes en situation de handicap sont très souvent ignorées lorsqu’il s’agit de répondre à leurs besoins : cela a été observé pendant la pandémie, mais aussi dans le cadre de la présente crise climatique.
En effet, les changements climatiques peuvent rendre les gens malades. Ils augmentent par exemple les vagues de chaleur, la pollution de l’air et les maladies transmises par les moustiques ou l’eau. Ils provoquent aussi plus de catastrophes naturelles comme les tempêtes, les inondations, les feux de forêts qui peuvent blesser les gens et détruire leurs maisons. De telles catastrophes peuvent également avoir un impact sur la santé mentale des personnes touchées, par exemple l’anxiété et le stress.
Il existe des mesures et outils qui permettent de réduire les impacts des changements climatiques sur la santé : par exemple, des plans d’évacuation en cas de catastrophes naturelles, des plans de soutien à la population en cas de vagues de chaleur, etc. Toutefois, ces outils ne tiennent que rarement compte des besoins des personnes avec différents types de handicap et restent souvent peu accessibles pour elles (par exemple, absence de communication en langage des signes, design des outils peu adapté aux personnes avec différents types de handicap).
Ce projet vise donc à connaître vos perspectives, vos besoins et vos préoccupations face aux impacts des changements climatiques sur votre santé physique et mentale. Il vise également à déterminer si les plans, les politiques ou les outils de prévention et d’adaptation climatique existants au Québec tiennent compte des besoins des personnes en situation de handicap.
Qui mène ce projet ?
Muriel Mac-Seing, professeure adjointe en santé mondiale à l’École de santé publique de l’Université de Montréal est la chercheuse principale et mène ce projet en collaboration avec la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN), et les chercheurs Sébastien Jodoin (Université McGill), Lubna Daraz (Université de Montréal), David Kaiser (DRSP de Montréal) et Marie-Jo Ouimet (INSPQ)
Comment se déroule le projet ?
- Des entretiens par Zoom seront effectués avec 15 à 20 expert.e.s de divers secteurs (santé/santé publique, climat/environnement, handicap, autres) afin de dresser un état des lieux des politiques et des programmes ou outils d’adaptation et de prévention face aux changements climatiques au Québec (Phase 1).
- Des groupes de discussion par Zoom seront organisés pour donner la parole aux personnes en situation de handicap malentendantes et entendantes et leur permettre de partager leurs expériences et perspectives face aux changements climatiques et à leurs impacts sur leur santé. Chaque groupe sera composé d’environ 6-8 personnes en situation de handicap. Cette rencontre prendra environ 60 à 75 minutes. Une cinquantaine de participant.e.s seront recruté.e.s au total. Pour les groupes de discussion avec les personnes sourdes et malentendantes, un.e interprète en langue des signes québécoise sera recruté.e (Phase 2). Une compensation de 30$ est offerte aux participant.e.s.
- Les données récoltées seront utilisées pour adapter/améliorer un outil de prévention ou d’adaptation face aux impacts des changements climatiques afin qu’il soit inclusif et accessible pour les personnes en situation de handicap. S’ensuivra un atelier délibératif participatif d’une demi-journée pour co-évaluer l’acceptabilité, accessibilité et utilisabilité de l’outil adapté avec des représentant.e.s d’organisations diverses de personnes en situation de handicap et d’autres expert.e.s (Phase 3).
Qui contacter pour participer à l’étude ou obtenir davantage d’informations ?
Si vous souhaitez participer à cette étude ou obtenir plus d’informations, vous pouvez contacter le coordonnateur de recherche, Thierry Hurlimann, par courriel à [email protected]. Pour participer, vous serez invité.e.s à signer un formulaire de consentement qui contient toutes les informations précises sur votre participation.
5. Recherche de participants pour une marche exploratoire hivernale à Laval
Afin de répondre aux enjeux exprimés par plusieurs groupes de personnes handicapées et aînées lavalloises, la Ville de Laval souhaite porter une attention particulière à l’accessibilité et à la sécurité des trottoirs en hiver dans les secteurs les plus fréquentés.
Pour y répondre de manière constructive, la municipalité organise en collaboration avec Vivre en Ville une marche exploratoire hivernale. Celle-ci permettra de documenter les enjeux sur le terrain et mènera à un rapport synthèse présentant constats et pistes d’amélioration. L’objectif est de soutenir l’évolution continue des pratiques municipales et d’améliorer la sécurité des personnes utilisant le transport actif.
Aperçu de l’activité
Date : Lundi 16 février, 10 h à midi — en cas de conditions défavorables, elle sera reportée au 25 février.
Itinéraire : boucle de 1 à 2 km (1 h à 1 h 30 de marche), départ et arrivée dans un lieu public intérieur accessible — durée totale : 2 h
10 à 15 personnes (6 à 7 membres du personnel municipal, et 6 à 7 personnes aînées avec des limitations fonctionnelles)
Le quartier de Chomedey constitue un secteur particulièrement pertinent pour cette initiative, en raison de l’utilisation marquée des transports actif et collectif, ainsi que des nombreuses réflexions en cours dans le cadre de la revitalisation du quartier.
Contactez M. Denécheau par téléphone : (450) 978-6888, poste 4921

