Écho du RAAMM du 8 juin 2026

8 juin 2026

L’infolettre des membres et alliés du RAAMM.

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Sommaire

1. Lettre ouverte conjointe : Oui, nous avons les moyens de l’accessibilité universelle

Le RAAMM compte parmi les signataires de cette lettre ouverte conjointe lancée lors de la  Semaine québécoise des personnes handicapées. 

Après que le gouvernement du Québec ait cédé à la pression des promoteurs immobiliers et reporté d’un an la réforme du Code de construction, la Semaine québécoise des personnes handicapées commence sur une mauvaise note. Les lobbyistes avaient ouvert leur jeu dans les médias, le lundi 25 mai, affirmant que les nouvelles normes, notamment celles qui sont liées à l’accessibilité universelle, représenteraient un fardeau financier trop important pour les promoteurs, sans jamais évoquer les coûts humains, sociaux et économiques que l’absence d’accessibilité impose aux personnes en situation de handicap.

Pour rappel, selon Statistique Canada, plus de 1,4 million de Québécois et Québécoises (21 %) vivent avec une incapacité. En 2022, 6 personnes ayant une incapacité sur 10 ont rencontré des obstacles liés à l’accès aux espaces publics intérieurs et extérieurs. Et ces personnes sont presque deux fois plus susceptibles d’avoir des besoins impérieux de logement (logement trop cher, petit ou en mauvais état).

Précisons que le discours des promoteurs prend des raccourcis avec les nouvelles exigences du Code de construction du Québec (CCQ). Concrètement, l’élargissement demandé pour les corridors est de 80 mm. Or, comme ces derniers sont souvent réduits au profit d’aires ouvertes, cet ajustement relève davantage d’un enjeu de conception que d’un réel problème de superficie. De plus, l’augmentation de la superficie des salles de bain dans les logements est déjà en vigueur depuis le 1er septembre 2018.

Chez les 65 ans et plus, l’absence d’accessibilité engendre des frais d’hospitalisation et d’hébergement exorbitants.

Les femmes en situation de handicap sont, pour leur part, trois fois plus à risque de vivre des situations de violence conjugale. Sans logement accessible, elles n’ont d’autres choix que de rester dans un foyer violent ou de se retrouver à la rue, potentiellement avec leurs enfants. Les ressources qu’il est alors nécessaire de mobiliser pour les aider à sortir de la rue sont plus coûteuses que l’accessibilité universelle prévue en amont.

On sait qu’intégrer l’accessibilité dès la conception d’un logement représente un coût marginal en comparaison des coûts beaucoup plus élevés d’adaptation post-construction et de soins à domicile pour les ménages, les proches et le système de santé.

D’ailleurs, nous attendons toujours la réouverture du Programme d’adaptation de domicile, suspendu faute de financement adéquat. Rappelons que selon l’OPHQ, « l’aménagement d’installations accessible dès le départ est environ 62 % plus économique que l’adaptation par la suite ». Plusieurs endroits dans le monde, comme l’Australie, ont adopté des normes d’accessibilité plus performantes que les nôtres. Or, ces bonifications n’ont pas eu les effets catastrophiques qu’on tente de nous faire craindre.

Contrairement à ce qui a été dit, l’espace supplémentaire requis pour l’accessibilité universelle n’est pas « inutilisable ». Bien au contraire, ce sont les logements construits sans tenir compte des besoins d’accessibilité d’une grande partie de la population qui le sont.

Les loyers augmentant plus vite que l’inflation, nous constatons que la spéculation immobilière et le laisser-faire en matière de fixation des loyers sont largement responsables du coût inabordable du logement. L’accessibilité est ainsi le bouc émissaire d’une situation qu’on aurait pu collectivement éviter.

Bien entendu, il faut respecter la capacité de payer des ménages ; mais dans un marché spéculatif, sommes-nous toujours contraints de réviser à la baisse nos attentes en matière de qualité pour y parvenir ?

Si l’on souhaite que la hausse vertigineuse des loyers se calme enfin, il faut surtout un contrôle des loyers et un financement conséquent pour les logements sociaux et communautaires. Or, l’analyse ne peut pas se limiter à l’aspect financier de l’équation et doit tenir compte de l’aspect humain. Plus l’Institut de développement urbain du Québec et les promoteurs feront étalage de leurs faux dilemmes pour couper dans la qualité ou la fonctionnalité et maximiser les profits, plus légitimes seront les bonifications au CCQ, car elles sont essentielles pour la protection du public et l’exercice de nos droits.

Signataires : plus de 60 organisations et partenaires du milieu, dont Ex Aequo, MÉMO-QC et Action femmes et handicap.

Source : lettre ouverte conjointe, 3 juin 2026.

2. Notre présidente Martine Bedard sur les ondes de Canal M

Martine Bédard avec les animatrices de l'émission Y voir clair.Lors de la Semaine québécoise des personnes handicapées, notre présidente Martine Bedard s’est entretenue avec les animatrices Bianka Lussier Dalpé, spécialiste en réadaptation en déficience visuelle et Nathalie Barrette à l’émission Y voir clair. Elles ouvrent ainsi la deuxième saison de l’émission en abordant les nombreuses perceptions et les réalités liées à la perte de vision.

À travers un témoignage lucide et sans détour, Martine Bedard raconte le choc initial, les bouleversements qui suivent, mais aussi le lent et complexe processus d’acceptation. Elle partage les émotions, les défis et les adaptations nécessaires pour reconstruire une nouvelle façon de vivre après une perte de vision soudaine à l’émission Y voir clair. 

L’émission est disponible sur le site de Canal M ou sur la chaîne YouTube au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=17QfkFPid6Y

3. Lettre de la CDPDJ en soutien au transport adapté

La Commission des droits de la personne et du citoyen (CDPDJ) a publié une lettre ouverte intitulée « Pour l’égalité réelle des personnes en situation de handicap : agir enfin sur le transport adapté ».

Se déplacer librement, dignement, en toute sécurité et en pleine égalité est un droit fondamental. Pourtant, au Québec, les personnes en situation de handicap continuent de composer avec un système de transport adapté qui demeure insuffisant, inéquitable et imprévisible, affirment Nadine Koussa et Sylvain Le May, respectivement présidente et membre de la Commission des droits, dans cette lettre ouverte publiée à l’occasion de la Semaine québécoise des personnes handicapées dans l’édition du 1er juin du Journal de Montréal.

À l’occasion de la Semaine québécoise des personnes handicapées, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse réaffirme une évidence trop souvent négligée : les personnes en situation de handicap sont des membres à part entière de notre société et jouissent des mêmes droits que toutes les autres. Elles contribuent, chacune à leur manière, à enrichir et à bâtir le Québec d’aujourd’hui et de demain. Elles doivent ainsi pouvoir vivre, se déplacer et participer pleinement à la société sans subir de discrimination ni d’exclusion.

Pourtant, la discrimination fondée sur le handicap demeure l’une des formes les plus persistantes et les plus insidieuses. Elle se manifeste dans l’accès à l’emploi, à l’éducation, aux services publics et jusque dans les déplacements quotidiens. Ces barrières, souvent invisibles, limitent l’autonomie et la participation citoyenne de milliers de personnes, partout au Québec. Garantir l’exercice réel et égal de leurs droits, c’est reconnaître que l’égalité ne peut être théorique : elle doit se vivre concrètement, chaque jour, pour toutes et tous !

Un engagement constant pour faire avancer les droits

C’est pour combattre ces inégalités que la Commission des droits agit depuis de nombreuses années pour faire progresser les droits des personnes en situation de handicap. Elle a rappelé les obligations des établissements scolaires envers les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Elle a contribué à faire évoluer les pratiques d’accommodement dans les cégeps et les universités. Elle a défendu l’accès aux loisirs municipaux, documenté les obstacles à l’accès aux commerces et aux services, et formulé des recommandations ambitieuses pour favoriser l’intégration et le maintien en emploi. Elle vient d’amorcer un projet majeur sur le signalement à la DPJ d’enfants dont les parents sont en situation de handicap, afin de mieux comprendre et prévenir les situations de discrimination qui peuvent toucher ces familles.

Cet engagement se reflète également dans le traitement des plaintes reçues. Chaque année, les plaintes fondées sur le handicap représentent au minimum le tiers de toutes les plaintes pour discrimination reçues par la Commission. En 2024‑2025, nous avons même atteint un sommet inédit : près d’une plainte sur deux concernait ce motif (47 %). Heureusement, une proportion importante de ces dossiers se règle par entente négociée, dans le cadre d’un processus de médiation qui permet d’obtenir des solutions concrètes et satisfaisantes pour les personnes qui se disent victimes de discrimination.

La Commission a aussi contribué à faire évoluer la jurisprudence en matière de discrimination fondée sur le handicap. Plusieurs décisions ont renforcé le droit à l’accommodement raisonnable, clarifié les obligations des employeurs et des fournisseurs de services, et reconnu que l’accessibilité réelle constitue une condition essentielle à l’égalité. Certaines ont établi que des règles apparemment neutres peuvent avoir des effets discriminatoires. D’autres ont confirmé que l’absence d’adaptation adéquate constitue une atteinte directe aux droits. Ces avancées ont façonné le droit québécois et amélioré concrètement la vie de milliers de personnes en situation de handicap.

C’est dans cette même logique que la Commission souhaite aujourd’hui mettre en lumière les enjeux liés au transport adapté et interpeller les décideurs.

Le transport : la clé d’accès à tous les autres droits

Se déplacer librement, dignement, en toute sécurité et en pleine égalité est un droit fondamental. Pourtant, au Québec, les personnes en situation de handicap continuent de composer avec un système de transport adapté qui demeure insuffisant, inéquitable et imprévisible.

Depuis le début des années 1990, la Commission documente les obstacles majeurs liés au transport adapté. Trente-cinq ans plus tard, les mêmes problèmes persistent : annulations fréquentes de service, impossibilité pour de nombreuses personnes de se rendre au travail ou à des rendez-vous médicaux en temps opportun, disparités criantes dans l’offre de services entre les régions, manque de véhicules adaptés, règles de priorisation des déplacements incohérentes. Comment expliquer qu’un service aussi essentiel demeure, après toutes ces années, aussi fragile ?

Le transport n’est pas un service périphérique. Il est la condition d’accès à tous les autres droits. Sans transport, il n’y a pas d’emploi. Pas d’éducation. Pas de soins. Pas de participation citoyenne. Pas de vie sociale. Pas d’égalité réelle.

Or, depuis trop longtemps, les personnes en situation de handicap doivent composer avec des délais de réservation incompatibles avec une vie active, des refus de service ou des annulations imprévisibles, des règles de priorisation des déplacements qui varient d’une région à l’autre, un manque de coordination entre les sociétés de transport et un sous-financement chronique qui empêche toute amélioration durable.

À cela s’ajoute la nécessité de rendre accessibles les réseaux de transport collectif eux‑mêmes : à Montréal, seulement 30 des 68 stations de métro sont accessibles, et la nouvelle phase du Programme Accessibilité est actuellement à l’arrêt faute de financement, ce qui freine des progrès pourtant essentiels.

Ces obstacles portent atteinte à la dignité, à l’autonomie et à l’égalité des personnes. Ils minent leur confiance envers les institutions. Ils créent une société à deux vitesses.

Une mobilisation collective est indispensable

La Commission appelle à une mobilisation collective. Les municipalités, les sociétés de transport, le gouvernement du Québec, les employeurs, les institutions et l’ensemble de la population doivent reconnaître l’urgence d’agir. Les solutions existent : elles exigent de la volonté, de la coordination et un engagement ferme à les mettre en œuvre.

En réclamant un meilleur accès au transport adapté, les personnes en situation de handicap n’expriment pas un caprice. Elles affirment une exigence légitime : que leur droit au transport soit enfin respecté. Et la Commission continuera de se tenir à leurs côtés pour que ce droit devienne une réalité durable.

Nadine Koussa, présidente de la Commission des droits
Sylvain Le May, membre de la Commission des droits

Source: Communiqué de la CDPDJ, 1er juin 2026.

4. Juin, mois de sensibilisation à la surdicécité  

Un effort international pour faire une différence et sensibiliser la population

Le Mois de la sensibilisation à la surdicécité vise à aider le grand public à comprendre les membres de la communauté qui sont sourds et aveugles et à se sentir à l’aise en leur présence. Chaque année, en juin, des personnes sourdes et aveugles, des prestataires de services et des sympathisants se réunissent pour sensibiliser la population.

Le saviez-vous?

On estime à 466 000 le nombre de Canadiens âgés de plus de 15 ans qui vivent avec un certain degré de double perte sensorielle.