Accessibilité

Tac tac, tac tac… — Bang! — Ouch! S’tie!

Voilà une trame sonore qui pourrait parvenir à vos oreilles au cours de la campagne électorale qui s’amorce, car elle est bien courte, la mémoire des partis politiques. Il n’y a pas que les promesses électorales qui sont vite oubliées, ou délibérément écartées. Certaines règles de bonne pratique en matière d’affichage le sont tout autant. Je puis personnellement vous assurer qu’il n’est pas nécessaire d’avoir obtenu un résultat de 20/20 à son examen visuel pour en constater les manquements.

À chaque campagne, le même scénario se répète. Pendant ces longues semaines, je ne vais quand même pas rester claustré chez moi, à relire jusqu’à la nausée les programmes électoraux. Alors, chaque jour, je prends ma canne blanche et vais vaquer à mes occupations, comme tout un chacun. Si ce n’est pas ce jour-là, ce sera un autre, mais c’est inévitable, cela se produira. Si ce n’est pas dans cette rue-ci, ou cette avenue-là, ce sera sur ce grand boulevard ou cette petite rue commerçante. Chose certaine, cela surviendra au moment où je m’y attendrai le moins.

Tac tac, tac tac… et vlan ! je prends une pancarte électorale en pleine tronche. Les bons jours, elle me frappe du plat, les mauvais, de la tranche. Et là, tous les mots de bon chrétien que j’ai appris chez les frères du Sacré-Coeur aspirent à se former sur mes lèvres.

Pour ce genre d’obstacle, la canne n’est d’aucune utilité. C’est imparable. Et le chien guide, alors ? Eh bien, ces bonnes bêtes n’ont aucune compétence pour détecter ce qui est placardé sur les poteaux. […]

Ce n’est pas à coups de pancarte que l’on m’amènera à voter pour l’un plutôt que pour l’autre. On rappelle souvent aux membres de la classe politique de faire preuve de plus de hauteur dans leurs propos. Je les invite également à mettre plus de hauteur dans l’affichage public de leurs effigies. Nous y gagnerions en sécurité, et ces minois sympathiques sur carton seraient plus à l’abri des graffitis et autres altérations disgracieuses.

Quand on aspire à représenter ses concitoyens, le moindre n’est-il pas de se soucier de leur sécurité et de leur bien-être à tous ?

Pierre Croisetière, membre du Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain

 

Lettre publée dans Le Devoir, le 30 août 2019

Source : https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/561652/lettre-tac-tac-tac-tac-bang-ouch-s-tie#